Médiator et torts des médias
PaBlEcNo sort de sa léthargie pour un coup de gueule: celui concernant le dernier buzz médiatique qui a viré au n’importe quoi. La société actuelle gravite autour des médias et il est fréquent qu’un évènement prenne de l’ampleur et soit mis au devant de l’actualité de façon disproportionnée (on a par exemple vu cela avec les vaccins contre la grippe H1N1 ou avec la grève des joueurs de l’équipe de France pendant le dernier Mondial). Ces dernières semaines, c’est le scandale du Médiator qui a bénéficié de ce traitement.
Mais je commencerai cet article par dévoiler mes conflits d’intérêts: je travaille dans l’industrie pharmaceutique, comme visiteur médical (pas du tout chez Servier par contre). Mon implication est donc évidente et ma position subjective, mais mon but ici est surtout de donner le point de vue d’une personne à l’intérieur du système, que chacun puisse se faire un avis plus objectif, et comprenne mieux les choses.
Le système médical français est l’un des meilleurs. De nombreux pays, y compris les plus riches, nous l’envient. Bien sur il a des défauts, mais il ne faut pas oublier qu’être soigné n’est malheureusement pas un dû – ayons conscience de notre chance. Parmi ses défauts, on pointe à cause de l’affaire du Médiator le rôle des visiteurs médicaux, qui influencent les médecins. Or un prescripteur ne voit jamais un seul visiteur médical pour une gamme de produits mais plusieurs, chacun ayant des arguments. Le médecin pèse l’ensemble de ces arguments et choisis le meilleur produit dans le cas de chaque patient. Ainsi ce rôle d’influence est largement plus dilué que ce qu’on peut penser. Ensuite, les médecins sont excessivement contrôlés dans leurs prescription, de même que le métier de visiteur médical est très encadré (nous n’avons pas la possibilité d’offrir quoi que ce soit, pas même le moindre stylo – cela a bien changé depuis la fin des années 1980…). Enfin les médecins ont une éthique, ce qu’on semble largement oublier, et des malades en face de qui ils ont des devoirs moraux autant que de rentabilité (je dis ça pour les lecteurs les plus cyniques). En bref, le système est moins pourri que ce qu’on semble en dire, même si il pourrait être encadré encore plus efficacement.
Toujours est-il que l’affaire du Médiator est très grave, qu’il y a eu des erreurs de la part des autorités de santé,et des abus de position de la part du laboratoire concerné et de sa direction. Le tout provoquant des centaines de morts qui auraient dû être évitées. Sauf que les conséquences médiatiques ont été désastreuses: dans un objectif de transparence, la liste des médicaments suivis a été publiée. Cela a provoqué une vague d’inquiétude catastrophique dans la population, et qui est tout à fait logique: comment réagiriez-vous si vous saviez prendre un médicament sur une liste “contrôlée”, alors que personne n’a commencé par expliquer à quoi correspond cette liste? Et comment réagiriez-vous si vous preniez ce médicament depuis plusieurs mois ou années, sans avoir été prévenu avant? Les réactions en chaine liées à une telle découverte sont multiples et elles auront des conséquences fâcheuses et profondes. La vague de panique et la perte de confiance risquent fortement d’entrainer plus encore de décès que le Médiator lui même. Je vois chaque semaine plusieurs médecins dont les patients remettent en cause les prescriptions, même les plus fondamentales. Ces derniers , sous le prétexte de ne pas prendre de risque, risquent en réalité de mourir à cause de ces arrêts de traitements.
Les pouvoirs politique et médiatique, en réagissant à chaud dans une affaire délicate, ont peut-être provoqué une fracture encore plus grave. L’heure est plus à la raison qu’à la passion quand un tel abus est révélé; on peut déplorer que tout le monde, y compris les personnes les moins compétentes, donne son avis ce qui amène une situation à déraper complètement. Un peu plus de sang froid et de pédagogie de la part des acteurs les plus influents seraient sans doute les bienvenus. Et à terme, arriver à une situation rationnelle mais réaliste (par exemple plus de visiteurs médicaux au service des autorités pour faire un travail plus objectif en plus de ceux des laboratoires) serait probablement plus facile.
